Rolf Gaensslen et Chinta Strubin animent des constellations familiales selon Bert Hellinger et donnent des consultations individuelles. Lors de consultations individuelles, ils utilisent les flacons bicolores de Aura-Soma pour représenter les personnes de la famille.

Durée: 1h30 / chf 130


Le pouvoir libérateur de la reconnaissance

Quelques réflexions au sujet des constellations familiales
par Rolf Gaensslen (article paru dans Recto-Verseau)

En animant des ateliers de constellations familiales, j’ai souvent constaté à quel point la reconnexion et la réconciliation avec leurs racines familiales peuvent libérer et intensifier le potentiel de créativité et d’autonomie des personnes qui y participent.
Les intrications et les blessures que le passé familial a laissées dans leur subconscient pèsent souvent comme une hypothèque sur la vie de beaucoup de personnes, sans qu’elles s’en rendent forcément compte de manière très claire.

Afin de devenir un individu indépendant et entièrement responsable de sa propre vie, chacun est appelé tôt ou tard à démêler ses attaches avec sa famille d’origine et de s’en émanciper. Dans l’adolescence, ce besoin d’émancipation prend généralement la forme d’une contestation plus ou moins explicite des valeurs de la génération précédente.

Le cordon coupé. Vraiment ?

Après avoir “coupé le cordon ombilical” et quitté le “nid familial”, la personne est devenue “adulte” et commence à vivre “sa propre vie” dans la conviction d’être libre de ses anciennes attaches et de posséder la maîtrise de son destin. Malheureusement, cette belle assurance se fissure, dès que nous constatons que nous reproduisons, sans l’avoir voulu, dans notre vie d’adulte exactement les mêmes schémas de comportement limitatifs que nous avons connus dans notre famille d’origine : la même dépendance émotionnelle, les mêmes problèmes avec l’autorité, la même jalousie, les mêmes non-dits.

Personne n’est une île

Pourquoi ? C’est qu’en réalité aucun de nous est un îlot isolé et que malgré tous les efforts qu’entreprend notre ego pour affirmer sa différence et son unicité, il n’est tout simplement pas possible de couper les liens énergétiques qui relient notre âme à celle des autres et à notre âme familiale, qu’il s’agisse de la petite famille de nos proches parents ou de la grande famille de l’humanité et de la vie. Comme la vie, l’âme est un grand Tout, dans lequel tout est lié avec tout et tout a sa place et sa signification.

Participer à une constellation familiale est une grande leçon d’humilité qui nous apprend a prendre conscience de ces liens, de leur signification dans notre vie et du grand potentiel d’évolution qu’ils nous offrent quand ils ne sont pas pris comme des limitations, mais reconnus pour ce qu’ils sont vraiment : le tissu fondamental de notre vie, de ce cadeau infiniment précieux que nos parents nous ont donnés en nous mettant au monde.

La polyphonie de la vie

Nous faisons tous partie d’un grand orchestre, et personne ne peut jouer la symphonie de la vie tout seul, mais chaque mélodie individuelle ne devient belle et significative qu’au moment où elle s’inscrit dans la polyphonie du tout. Par contre, le résultat ne sera harmonieux qu’à condition que le musicien connaisse sa juste place dans l’ensemble et qu’il reconnaisse celle des autres.
La plupart des dissonances dans nos vies proviennent du non-respect de ce principe, par exemple quand nous revendiquons une place qui n’est pas la nôtre, quand nous refusons à quelqu’un sa place légitime ou encore quand nous voulons à tout prix jouer une mélodie qui n’est pas la nôtre ou ne pas écouter celle des autres.

Reconnaître c’est renaître

Quand cette double reconnaissance de la juste place de soi et de l’autre se produit – par représentants interposés – dans une constellation familiale, il en résulte souvent une véritable renaissance, qui est ressentie de manière positive par tous les membres de la famille concernée. Le simple fait que sa place est reconnue, rend à une personne sa dignité et dissout la charge émotionnelle à la base d’un conflit familial, dont les blessures peuvent maintenant se guérir.

Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas de “pardonner” une quelconque “faute” ou “déficience”. Dans ce genre de pardon il y a presque toujours l’arrière-goût d’un sentiment de supériorité condescendante qui empêche la véritable réconciliation des cœurs. Ce qui dissout les tensions au niveau de l’âme familiale, c’est simplement la reconnaissance de la vérité, par exemple quand une fille dit à sa mère : “Tu es ma mère, je suis ta fille. Tu m’as donné la vie.” C’est une évidence incontestable, peu importent le caractère de cette mère et ce qu’elle a fait ou n’a pas fait. Quand cette reconnaissance est donné sans aucun jugement, en venant du cœur, elle est aussi reçue dans le cœur. La relation entre les personnes concernées renaît sur une nouvelle base et contribue à recréer l’équilibre de la famille tout entière. Tout le monde est en paix et plein de reconnaissance.

Il n’y a pas de mauvaises personnes

Les constellations familiales nous apprennent qu’il n’y a pas de bonnes et de mauvaises personnes, mais seulement des personnes qui sont empêtrées, souvent sans en être responsable, dans les intrications émotionnelles et psychologiques de leur histoire familiale et qui font du mieux qu’elles peuvent pour s’en sortir. Elles sont toutes nées avec un cœur plein d’amour, d’innocence, de courage et d’espoir et elles ont toutes le besoin et le droit que leur dignité et leur place dans l’existence soient reconnues.

Une compassion lucide

J’ai vraiment compris cela dans une supervision avec Bert Hellinger, où je lui ai parlé de mes difficultés avec la constellation d’une jeune femme, qui a été abusée dans son enfance par un membre de sa famille. Je n’oublierais jamais la réponse de Bert : “Cet amour aussi est divin”. C’est une affirmation d’une lucidité et d’une humanité profonde qui place la compassion avant tout autre considération, pourtant elle a choqué plus d’une personne dans l’assistance. Mais il y a souvent un malentendu dans ces réactions de rejet par ceux qui pensent, avec raison, que l’abus d’un enfant est un crime abominable et impardonnable. Bien entendu, il ne s’agit pas d’excuser le crime et de disculper son auteur, qui doit en répondre et en porter toutes les conséquences. Mais s’il doit avoir une chance d’accepter et de reconnaître sa culpabilité et si les blessures qu’il a infligées à sa victime, à sa famille et à sa propre âme doivent avoir une chance de guérir, il est essentiel qu’on ne lui enlève pas sa dignité humaine et que sa place dans la famille soit reconnue, quoi qu’il ait fait.

C’est cette compassion lucide qui respecte chaque être humain dans sa fragilité et reconnaît sa valeur malgré tous ses défauts qui donne aux constellations familiales leur grand potentiel libérateur et guérisseur de l’âme.